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Sécurité « On s’est tous dit un jour qu’on avait frôlé le drame » : les jeunes sont-ils conscients des dangers des trottinettes électriques ?

Par Bernadette Frerot, publié le lundi 4 mai 2026 16:57 - Mis à jour le lundi 4 mai 2026 16:57
Les élèves du lycée des Glières ont réalisé des exercices d’évitement et de frei

Depuis janvier, en Haute-Savoie, 13 personnes ont perdu la vie sur les routes (contre 7 sur la même période en 2025). Parmi elles, deux circulaient en trottinettes électriques, dont une jeune de 20 ans scolarisée au lycée des Glières, à Annemasse. La préfecture a lancé deux actions dans les lycées annemassiens pour sensibiliser les élèves aux risques liés à ces engins.

Dès 14 ans, les jeunes peuvent rouler en trottinettes électriques. « Pratique », « fun », et « synonyme de liberté », vous diront-ils. La centaine d’engins garés ce lundi 27 avril au matin devant le lycée des Glières à Annemasse témoigne du phénomène de mode qui a détrôné de loin ce bon vieux vélo. Mais qu’en est-il de leur système de freinage ? Des feux avant et arrière ? Des gilets jaunes ? Ou de circuler uniquement sur les pistes cyclables ? Dans la réalité, beaucoup ne connaissent pas les règles. Il n’y a pas de “savoir rouler à vélo” comme cela se fait encore en école primaire. Il n’y a pas non plus de permis de trottinettes électriques ou de code à passer pour ces deux roues qui ont envahi les villes.

« Les règles ne sont pas connues. C’est une situation dégradée. En France, en 2025, il y a eu 80 décès de personnes en trottinettes. En Haute-Savoie, sur les 13 décès depuis janvier, il y en a eu deux. Soit autant que durant la période 2021-2025 », déplore la sous-préfète de Saint-Julien-en-Genevois, Isabelle Arrighi.

« Parmi les victimes de la route, il y a une surreprésentation des jeunes de 18 à 25 ans en Haute-Savoie. Ils ne représentent que 7 % de la population mais 15 % des tués ». 

Face à ces chiffres alarmants, la préfecture de Haute-Savoie a décidé de prendre les choses en main. « Le travail des services de l’Etat, c’est de faire passer les messages, et c’est ce qu’on fait ici. »

« C’est comme si on s’habituait au danger »

Lundi matin, au lycée des Glières, près de 400 élèves ont ainsi participé à une journée de sensibilisation à la conduite d’une trottinette électrique, ou plutôt d’un “engin de déplacement personnel motorisé” (EDPM). Une journée qui fait d’autant plus sens ici, que l’une des jeunes décédées en Haute-Savoie en trottinette était scolarisée dans cet établissement. Elle avait 20 ans. Le 27 mars dernier, elle a été percutée par un camion de chantier alors qu’elle circulait en ville, et qu’elle était dans l’angle mort du poids lourd.

Avec d’autres journées organisées au lycée Jean-Monnet, ce seront au total près de 900 élèves de seconde qui seront ainsi directement touchés. Et le besoin est immense. « J’ai 16 ans et j’ai déjà eu trois trottinettes depuis mes 14 ans. On roule sans connaître les règles. Je suis déjà tombée, mais ce n’était pas si grave », glisse une élève. Pour sa voisine, Nora, c’est l’inverse. « Moi j’ai fait une chute une fois, et cela m’a bien refroidie. Au début, je n’avais pas peur, maintenant, un peu plus. On s’est tous dit un jour qu’on avait raté de peu l’accident... mais c’est comme si on s’habituait au danger. Depuis le décès de la fille du lycée, cela a été un choc. J’ai du mal à remonter sur ma trottinette. »

Cette impression de rater de peu un accident, de frôler le drame, quasi tous les jeunes interrogés vous l’exprimeront. « Un jour, je suis tombé et j’ai atterri en plein sur la route à cause d’un nid-de-poule. Heureusement, à ce moment-là, il n’y avait pas de voiture. Le danger est bien présent mais quand on roule on a l’impression que c’est tranquille, que ça ne craint rien », confie Mouad, qui a une trottinette depuis un an. Un constat partagé par ses camarades.

« Les jeunes envisagent la trottinette comme un jeu. Or ce n’est pas un jeu. Dans la majorité des accidents mortels de trottinettes, le conducteur est seul en cause », relève Rachel Chapuis, coordinatrice sécurité à la préfecture.

Des trottinettes bientôt interdites en centre-ville piéton d’Annemasse

Durant ces ateliers, une entreprise spécialisée dans la sécurité routière intervient pour le côté pratique (avec des exercices d’évitement, freinage, etc.), mais aussi théorique, avec les règles à connaître et les équipements nécessaires (casques, gants, etc.).

Les jeunes prennent surtout conscience des risques. Pourquoi ne faut-il pas monter à deux sur une trottinette ? Ou alors pourquoi la vitesse de 25 km/h doit être respectée, alors que certains les débrident avec des records de vitesse allant à plus de 60 km/h ? « Les trottinettes ont des systèmes de freins conçus pour 25 km/h, si vous la débridez cela ne sera plus du tout efficace », leur explique Eric l’un des intervenants.

Difficile pour les services de l’État ou encore les forces de l’ordre d’être postée derrière chaque trottinette qui passe, mais avec quatre journées organisées par la préfecture dans les lycées Annemassiens, ce sont déjà 900 jeunes qui auront été sensibilisés. Des actions préventives qui permettront peut-être éviter des drames.

article et photo Le Dauphiné libéré Adélaïde Mathieu - 28 avr. 2026